Conférence de M. l’abbé Chauvet sur le thème du pèlerinage de Pentecôte 2017

À l’occasion de la journée catholique d’Alsace-Lorraine, le 22 janvier dernier à l’école de l’Etoile du Matin, M. l’abbé CHAUVET, aumônier de la région Alsace-Lorraine pour le pèlerinage de Pentecôte 2017, a donné une conférence sur le thème du Coeur Immaculé de Marie. Nous remercions le chef de région, de nous en avoir transmis la retranscription ci-dessous, réalisée par un pèlerin :

Journée préparatoire au pèlerinage de Pentecôte

Conférence sur le thème du pèlerinage

  • Cœur Immaculé de Marie, nature de la dévotion

  • Appels de ce Cœur Immaculé

  • Réponse de nos âmes

« A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera » – Fatima, vendredi 13 juillet 1917.

Beaucoup d’âmes rêvent de voir, un jour de grisaille, les nuages du ciel terrestre se dissiper pour laisser place à un cœur tout brillant, ceint d’épines et entouré d’angelots, projetant des éclairs d’une lumière toute divine qui pénètrent toutes les âmes pour les convertir sur-le-champ…

Ce triomphe doit avant tout s’entendre de la Consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie.

Ce triomphe, inauguré par les consécrations des Nations, des paroisses ou des familles, doit ultimement aboutir au triomphe de Marie dans les âmes.

  1. La dévotion au Cœur Immaculé de Marie est avant tout une dévotion intérieure

« Marie est la Reine du ciel et de la terre par grâce, comme Jésus en est le Roi par nature et par conquête. Or, comme le royaume de Jésus-Christ consiste principalement dans le cœur ou l’intérieur de l’homme, selon cette parole : “Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous (Luc XVII, 21)“, de même le royaume de la Très Sainte Vierge est principalement dans l’intérieur de l’homme, c’est-à-dire dans son âme, et c’est principalement dans les âmes qu’elle est la plus glorifiée avec son Fils que dans toutes les créatures visibles, et nous pouvons l’appeler avec les saints la Reine des Cœurs » – Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, VD 38.

Nous verrons dans un deuxième temps les appels de ce Cœur Immaculé. Voyons d’abord le modèle.

Pie XII aux enfants de Marie, 25 octobre 1942.

« Pure, incomparablement plus pure que tous les anges, dont elle est la Reine, l’Immaculée est aussi la femme forte, active, fidèle à tous ses devoirs, empressée à les accomplir en toutes circonstances, fussent-elles dures et terribles.

A peine l’ange Gabriel lui a-t-il porté le divin message que vous pouvez la contempler, servante du Seigneur, fixant l’éminente dignité et la plus haute charge où elle est appelée : Mère glorieuse du Christ, au pied de la croix Mère douloureuse du Rédempteur, Mère de l’humanité souffrante et misérable, secours des chrétiens, refuge des pécheurs, consolatrice des affligés.

Consciente de tant de grandeur et d’un tel fardeau, la Vierge, sans hésiter, répond oui à l’ange.

Renfermée, comme elle était jusqu’alors, dans le recueillement du Temple, dans la solitude de sa petite demeure de Nazareth, la voici maintenant qui marche d’un pas rapide dans les sentiers montagneux, impatiente de visiter et d’assister sa parente Elisabeth…. »

Ce cœur capable du « Fiat » est un brasier d’amour de Dieu, le jardin clos, le domaine exclusif de Dieu. Le Cœur Immaculé est tout à Dieu.

Dans les dispositions de son cœur, Notre-Dame est l’exemplaire parfait de l’âme dont la charité rayonne, qui dans chaque action, laisse déborder l’amour divin qui l’habite.

L’action est entièrement dirigée vers Dieu parce que l’âme de Notre-Dame, les dispositions de son cœur s’alimentent sans cesse dans la contemplation.

La petite Marie au Temple….

La jeune Marie de Nazareth…

… vit dans le recueillement et l’union à Dieu et ne doit pas avoir son égal dans cette garde du Cœur qui la fait rester constamment unie à Dieu.

« Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu » – Fatima, le 13 juillet 1917.

« Marie est le sanctuaire et le repos de la Sainte Trinité, où Dieu est plus magnifiquement et divinement qu’en aucun lieu de l’univers, sans excepter sa demeure sur les chérubins et les séraphins ; et il n’est pas permis à aucune créature, quelque pure que ce soit, d’y entrer sans un grand privilège. » – Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, VD 5.

Notre-Dame nous invite à rentrer dans son Cœur, qu’elle nous offre comme un refuge.

Cette grâce, nous dit Saint Louis-Marie, se mérite par la fidélité. Dans l’imitation de la fidélité du Cœur de Marie, Immaculé, sans aucune souillure ou aucun défaut, tout donné à Dieu.

La dévotion au Cœur Immaculé de Marie doit nous conduire à Dieu en nous faisant adopter les mêmes dispositions que celles de ce cœur.

Saint Louis-Marie nous donne quelques éléments qui caractérisent la fidélité à Notre Mère :

  • Recourir souvent à Marie ;
  • Contempler et imiter Marie ;
  • Se faire violence en pratiquant la mortification ;
  • Combattre l’amour propre
  • Combattre non seulement le péché mortel, mais aussi le véniel ;
  • Etre fidèle à ses dévotions : prières, communions, messes…. ;
  • Ne pas abandonner Marie dans les adversités.

« Et Marie conservait toutes ces choses, les méditant dans son Cœur »

Rien de ce que vit ou fait Notre-Dame ne s’accomplit sans que, dans son Cœur, cela ne s’accompagne d’un mouvement de retour vers Dieu.

Cette vie aux actions toutes dociles à Dieu puise sa fidèle constance dans l’écho du « Fiat » qui se renouvelle sans cesse, comme dans une résonnance infinie, dans le Cœur Immaculé de Marie.

Caroline Clément, une âme consacrée à Marie (+1887) disait :

« Il me semble que j’entre et demeure dans son Cœur, je me trouve dans un lieu de pureté, de sainteté, de miséricorde, où il n’y a qu’amour, que bonheur. Mon esprit se trouve en paix, [dans] une lumière si douce, qu’il me semble que je suis mue, gouvernée par l’esprit de la Sainte Vierge ; il me semble qu’elle me fait vivre de sa propre vie. »

Voilà ce que peut dire une âme toute donnée à Marie, dont le cœur est dans l’abandon confiant à Marie, comme plongé dans le refuge qu’est le Cœur Immaculé. Se lier au Cœur Immaculé, c’est être docile envers Notre-Dame, comme elle l’a été en tout envers Dieu :

« Quel que soit d’ailleurs le genre de vie que Dieu vous réserve, disait Pie XII aux enfants de Marie le 17 juillet 1954, comportez-vous dès maintenant, avec l’aide de la Très Sainte Vierge Marie, selon la noblesse contractée au baptême.

Car la filiation divine qui donne à l’homme non seulement le nom, mais aussi la qualité d’enfant de Dieu, Marie notre Mère nous en fera comprendre et aimer les obligations.

Jésus lui-même, du haut de la croix, voulut ratifier par un don symbolique et efficace la maternité spirituelle de Marie à l’égard des hommes, quand il prononça ces paroles mémorables : “femme, voici ton fils.” En la personne du disciple bien-aimé, il confiait ainsi toute la chrétienté à la Très Sainte Vierge.

Le Fiat de l’Incarnation, sa collaboration à l’œuvre de son Fils, l’intensité des souffrances endurées pendant la Passion, et cette mort de l’âme qu’elle éprouva au Calvaire, avaient ouvert le cœur de Marie à l’amour universel de l’humanité, et la décision de son Fils divin imprima le sceau de la toute-puissance à sa maternité de grâce.

Désormais, l’immense pouvoir d’intercession que lui confère auprès de Jésus son titre de Mère, elle le consacre tout entier à sauver ce que Jésus lui désigne de haut du ciel, en lui disant encore : “femme, voici tes enfants”. »

  1. Les appels du Cœur Immaculé : être des âmes priantes et réparatrices

Au cœur de l’été 1916, les trois enfants de Fatima, Lucie, Jacinthe et François, reçoivent une deuxième apparition angélique. L’ange du Portugal se montre à eux à l’Arniero.

  • « Que faites-vous ? Priez, priez beaucoup ! Les Saints Cœurs de Jésus et Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. Offrez sans cesse au Très Haut des prières et des sacrifices.
  • Comment devons-nous nous sacrifier ? – Lucie.
  • De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice en acte de réparation pour les péchés par lesquels il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. (…) Surtout, acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra. »

Lucie commentera ensuite :

« Ces paroles de l’Ange se gravèrent dans notre esprit, comme une lumière qui nous faisait comprendre qui est Dieu, combien Il nous aime et veut être aimé de nous, la valeur du sacrifice et combien il Lui est agréable, comment par égard pour lui, Dieu convertit les pécheurs. »

Puis vient la communion, précédée et suivie trois fois de la prière suivante :

« Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément, et je vous offre le très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé.

Par les mérites infinis de son Très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs. »

Deuxième apparition, le 13 juin 1917 :

Suite à la demande de Lucie si la Vierge Marie les emmènera au Ciel :

« Oui, Jacinthe et François, je les emmènerai bientôt, mais toi, Lucie, tu resteras ici pendant un certain temps. Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. A qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône. »

Aux trois premières apparitions, Notre-Dame demande aux enfants de réciter le chapelet tous les jours, en septembre elle ajoute qu’il faut qu’ils continuent, de même en octobre.

La Très Sainte Vierge, qui vient pour établir la dévotion au Cœur Immaculé, se présente comme Notre-Dame du Rosaire.

En venant comme l’Immaculée Conception, Notre-Dame n’avait pas eu d’autres demandes : prière et pénitence.

  1. Réponse de nos âmes

Les demandes sur lesquelles nous nous sommes arrêtés sont celles qui viennent s’adresser à chacune de nos âmes.

Les enfants de Fatima sont, bien entendu, des réponses admirables aux demandes de Notre-Dame, l’exemplaire évangélique qui fait dire à Notre-Seigneur que nous devons redevenir comme des petits enfants pour entrer dans le royaume des cieux.

Ils sont dans cette même disposition qui fait de Notre-Dame le modèle de la fidélité à Dieu. En eux se trouve réalisée cette entrée confiante dans le Cœur de Marie pour s’y établir et, comme elle, n’être plus qu’à Dieu.

La Sainte Verge doit même tempérer leur ardeur pour le sacrifice, au sujet des cordelettes dont ils s’étaient ceints, elle leur dit le 13 septembre :

« Dieu est satisfait de vos sacrifices, mais Il ne veut pas que vous dormiez avec la corde. Portez-la seulement pendant le jour. »

Nous sommes appelés à suivre ces appels de Notre-Dame. Le Ciel nous presse de ne pas rester indifférents à ses messages et au sort des pécheurs.

Soyons comme Maria Carreira, que Lucie appellera «  la fidèle de la première heure », précisant en même temps qu’elle n’avait rien d’une exaltée, perpétuellement en quête de merveilleux, c’était tout le contraire. C’était une femme d’un courage héroïque, d’un grand bon sens, c’est sa foi profonde et son amour de la Très Sainte Vierge qui, non sans une grâce spéciale de Dieu, lui firent pressentir presque toute de suite, puis constater de visu qu’il y avait là un authentique fait surnaturel.

« Si on disait que le roi passe par là, expliquait-elle, personne ne resterait à la maison, et tout le monde chercherait à le voir. On dit que Notre-Dame vient là, et nous ne ferions rien pour aller la voir ? »

Pour modèle de notre réponse aux demandes de Notre-Dame, je voudrais prendre enfin deux militaires, deux officiers, non plus enfants ou pieuse femme, mais hommes de guerre, pour qui la piété était pleine de profondeur et de droiture.

Le premier s’est convertit en répondant à l’appel de Notre-Dame de la Salette. Prisonnier en Allemagne après la défaite de mai-juin 1940, le lieutenant Darreberg, après avoir entendu parler des apparitions, décide de s’évader pour aller vérifier sur place…

Le 20 octobre 1940, après le succès de son entreprise, il écrit à l’aumônier du camp la lettre suivante, en signant Jacques Pèlerin.

« De Notre-Dame de la Salette, que j’aurais plutôt appelée Notre-Dame des bouleversements inattendus.

A la veillée, entouré d’un silence de haute distinction, mais où bruissent néanmoins toutes les ailes des Anges et tant de voix étonnantes, après avoir réfléchi sur ce détail de l’Evangile du jour (23e dimanche après la Pentecôte) : voyant les joueurs de flûte et une foule qui faisait grand bruit, Jésus leur dit : Retirez-vous ! – et sur quel ton impératif il a dû dire cela. »

Recueillement, aspirations à être un homme intérieur.

Il raconte ensuite son évasion puis, arrivant sur une anecdote à Lyon quelques jours plus tôt où, face à la difficulté administrative de sa situation d’évadé, il s’était entendu répondre par un fonctionnaire qu’il aurait mieux fait de rester où il était, ce qui aurait été plus simple , il commente :

« Rester où j’étais ? Comme s’il avait dépendu de moi que je fasse ou que je ne fasse pas ce voyage, car je peux bien vous de dire maintenant que je me sentais irrésistiblement appelé. Il fallait que je parte. On m’attendait et il est incorrect, n’est-ce pas, de ne point répondre dans de tels cas : “j’y vais tout de suite !” »

Il poursuit avec le détail de sa conversion, sa confession de huit années, son séjour au sanctuaire. Il achève la missive en ajoutant :

« Pendant quelques jours encore, je reste ici. Il y a de petits détails qui me paraissent dignes de réflexion prolongée et sur place. »

Besoin de la retraite, de méditer le message de Notre-Dame.

« Comme je lui posais la question près de la fontaine (à la Sainte Vierge), je crois qu’elle m’a dit : tu n’y comprends rien. Ce à quoi j’ai répliqué : je veux comprendre. Et j’ai entendu : plus tard. »

De cette retraite qui suivit sa conversion, le lieutenant Darreberg sera un infatigable apôtre du message de La Salette qu’il vivra pleinement et répandra autour de lui. Se confiant toujours à Marie dans les coups durs (aviateur) et lui disant quand cela tournait mal, « Notre-Dame, prenez les commandes. »

Un autre officier aviateur, le capitaine Pierre Claude, a été un modèle de vie intérieure et de piété mariale et peut-être la meilleure application pour illustrer la réponse que nous devons donner aux demandes du Cœur Immaculé.

« Ce que je veux, c’est de ne plus avoir de lien avec la terre, mais avoir les yeux fixés au Ciel. » A-t-il pu écrire.

Tous les jours il récitait son chapelet en entier avant de se coucher. Je l’ai surpris (raconte sa mère) plusieurs fois agenouillé dans sa chambre à trois heures du matin, lorsque nos invités étaient partis tardivement et son lever était à cinq heures…

Capitaine à la déclaration de guerre de septembre 1939, il n’est pas un militaire dévot et timoré à la fois.

Ancien pilote d’essais et de voltige, vainqueur de plusieurs courses aériennes, il commande une escadrille de chasseurs à Roville-aux-Chênes, dans les Vosges.

Le matin du 25 septembre, avant de partir en mission de chasse à la tête d’une patrouille, il assiste à la messe dans la petite église de Roville-aux-Chênes.

Selon son habitude, il communie : « Je communie toujours en viatique, sachant, chaque matin, que je puis tomber le jour même. »

Il prolonge son action de grâces.

Le curé, en sortant de l’église, lui dit : «  Mon capitaine, je laisse le bon Dieu dans mon église, je sais qu’avec vous il ne s’ennuiera pas. »

– Monsieur le curé, la vie d’un aviateur est entre les mains de Dieu. Je vous promets que le tabernacle sera bien gardé. Si je meurs…. » La phrase demeure en suspens.

Avant de s’envoler, il trouve le temps d’envoyer aux siens ce mot, pour les rassurer :

« J’ai communié ce matin et je le ferai chaque fois que je le pourrai, car c’est la seule force que nous puissions posséder ici-bas. Je prends chaque jour mon vol, l’âme en paix. Je n’ai pas peur de la mort qui serait la meilleure des choses, si nous aimions Dieu. Peu importe ce qu’il arrivera. J’ai tout accepté d’avance et seule la volonté de Dieu me plaira. »

Puis il décolle sur son Curtiss en patrouille simple (3 avions).

La patrouille est disloquée en engageant des chasseurs allemands. Le capitaine se retrouve alors à seul contre dix… il fait face. Il abat deux ennemis en flammes avant d’être lui-même touché. Il saute en parachute, mais les avions allemands reviennent le mitrailler lors de sa descente…

On le retrouvera mort, ses mains ramenées sur sa poitrine, comme s’il eut voulu prendre son cœur et l’offrir, et son chapelet enroulé autour du bras. Il est tombé près d’Haguenau (à Wintzenbach) où il est aujourd’hui inhumé.

Suite à son exemple et à son sacrifice, ses pilotes, qu’il avait formés, auront un comportement admirable lors de la Bataille de mai-juin 1940, ce qui vaudra à l’unité le titre de « première escadrille de France. »

« La vie intense n’est pas dans l’exaltation ou dans l’assouvissement de quelques tendances qui ne sont que des lambeaux d’humanité. C’est une riche harmonie à composer et à soumettre chaque jour à l’auteur de la vie. » – André Merlaud.